Pak Ou et Pak Beng sur le Mékong

Ça pourrait ressembler à une blague de toto : Pak Ou et Pak Beng sont sur le Mékong, Pak Ou tombe à l’eau, qu’est-ce qui reste ?… pas grand chose ! Mais fort heureusement, Pak Ou n’est pas tombé à l’eau !

Nous embarquons de bonne heure sur un bateau lent qui nous emmène aux grottes de Pak Ou. Ce sont deux grottes sacrées, creusées dans la falaise, au confluent du Mékong et de la Nam Ou. Ce haut lieu de pèlerinage bouddhiste renferme des milliers de statuettes de bouddha. Il y en aurait entre 4000 et 5000. Pour certaines, on se demande comment les fidèles ont pu aller les déposer aussi haut dans les grottes, dont les rochers sont recouverts de mousse glissante.

La première grotte est éclairée par la lumière naturelle mais la deuxième, beaucoup plus profonde, est très sombre. Même à la lampe torche, il est difficile de bien voir les statuettes. Certaines sont magnifiques, dorées avec des détails en strass. La montée vers cette deuxième grotte est éreintante. Il y a beaucoup de marches irrégulières et, avec la chaleur qui avoisine les 40° et l’humidité, on sue comme jamais ! On va avoir des cuisses et des mollets en béton à la fin du séjour ! Avec toute l’eau que l’on perd en transpirant, on aura bien mérité une petite bière bien fraîche pour se remettre !
Notre croisière sur le Mékong débute ensuite pour rejoindre Pak Beng, à mi-chemin entre Luang Prabang et Houey Xay à la frontière Thaïlandaise.

Le programme du reste de la journée, c’est écouter et regarder le riz pousser… C’est à dire ne rien faire, suivant un dicton laotien ! Les enfants ont bien compris le concept et adoptent immédiatement ce fameux dicton en faisant la sieste sur le pont du bateau. Nous, on se contente d’observer les paysages et quelques rares scènes de vie sur les berges où il n’y a pas grand monde. Les Laotiens eux aussi doivent être en train d’écouter et regarder le riz pousser !

Belle vue sur le Mékong depuis le balcon de notre chambre à Pak Beng :
Après le dîner, nous allons déposer une offrande composée de fleurs sur le fleuve (ce sont les femmes de l’hôtel qui les ont préparées pour nous) et chaque villageois fait de même. La pleine lune située entre fin octobre et mi-novembre marque la fin de la saison des pluies et du Carême et, à cette occasion, il y a une grande fête des lumières. A Vientiane et Luang Prabang, c’est vraiment la grosse fête (pas de chance, on a quitté Luang Prabang ce matin !), avec courses de pirogues et de nombreuses lanternes et radeaux lumineux déposés sur le Mékong. Ces offrandes en hommage à la mère des eaux sont censées emporter les malheurs.

Tad Kouang Si

Cette nuit, un orage violent, accompagné d’une pluie incessante qui a dû faire monter le niveau du Mékong d’1 mètre, a secoué la ville de Luang Prabang et perturbé notre sommeil. De 23h à 6h, les éclairs, la pluie et le tonnerre n’ont pas cessé.

Fatigués, nous prenons la route pour Ban Ou, village d’artisans d’art, mais c’est jour férié pour les bouddhistes et donc ils ne travaillent pas ! Nous ne verrons donc pas les femmes tisser ni les hommes sculpter le bois. Seule une dame accepte de nous montrer la fabrication artisanale de papier de mûrier décoré. Les branches de mûrier sont cueillies dans la forêt, puis on en recueille le cœur qui macéré dans de l’eau devient de la pâte à papier. Décoré de fleurs et feuillages, le papier sert à fabriquer des carnets, lampes, etc.

Un peu plus loin, on s’arrête dans un village Hmong qui vit de la vente d’artisanat et notamment de tissage. La pluie de la nuit a détrempé le sol et le passage des scooters a creusé de profonds sillons dans les ruelles en terre. Je n’imagine même pas l’état du village en période de mousson !

A 30km de Luang Prabang, on arrive au site des chutes de Kouang Si. Le chemin pour y accéder est un peu boueux mais praticable. On déjeune au pied des cascades, puis on profite du lieu qui est très joli. Le seul problème, c’est qu’avec l’orage de la nuit, l’eau est marron au lieu du bleu turquoise habituel. Pas de chance pour nous ! La couleur et l’opacité de l’eau ne décourage pas les plus téméraires qui plongent dans l’eau froide des piscines naturelles.

En temps normal, les chutes de Kouang Si, c’est comme sur la photo juste en-dessous. Le bleu leur va mieux que le marron, non ?
De retour à Luang Prabang, on demande au chauffeur de nous laisser à l’entrée du marché de nuit pour retourner faire quelques emplettes.

J’ai réservé un massage pour 18h à l’hôtel. Pendant une heure, je me laisse pétrir par les doigts expert de la masseuse qui fait un bien fou à mes muscles traumatisés par tous les escaliers montés et descendus depuis le début du séjour !

Retour au marché de nuit après le dîner pour prendre le digestif avec la vendeuse d’alcool de riz… et lui acheter quelques bouteilles au passage 😉

Luang Prabang en tuk tuk

5 heures du mat’, le réveil sonne. C’est trop dur !

Chaque matin, vers 5h30, les gongs sonnent dans tous les temples de la ville. Les moines sortent alors défiler dans les rues pour recueillir les offrandes des habitants… et des touristes, qui ont la mauvaise idée de saccager cette tradition du Tak Bat en allant s’y mêler d’un peu trop près ! Les gens sont assis sur de petits tabourets, ou carrément à genoux, pour être toujours plus bas que les moines, en signe de respect. Les bonzes défilent habillés de leur tenue traditionnelle, la robe rouge safran, pour recueillir le riz et autres offrandes des fidèles. Au bout de la rue où nous sommes installés, des enfants pauvres s’agenouillent avec un sac devant eux pour que les moines leur redonnent un peu de leur quête. Ben je veux pas balancer mais ils ne donnent pas tous !

Désolée pour la qualité des photos mais il faisait encore sombre. La vidéo n’est pas plus mal :

Après la cérémonie du Tak Bat, les fidèles laissent des petites offrandes pour les esprits. Ils les déposent un peu partout : sur les murets, les poubelles, les voitures…
Comme le petit-déj n’est pas avant 6h30, on profite de s’être levés tôt pour faire un tour au marché et observer les scènes de vie quotidienne des laotiens.

Quelques spécialités locales nous interpellent : les œufs de 100 ans (macérés plusieurs semaines dans un liquide à la composition mystérieuse et tout pourris à l’intérieur !), colorés en rose pour ne pas les confondre avec les œufs « normaux » et les rats des champs écartelés avec des bâtonnets de bambou puis grillés !
Un papi allume sa pipe à opium au barbecue d’une marchande de brochettes. Pendant longtemps, la consommation d’opium et d’alcool de riz a été encouragée…
On récupère les enfants pour aller prendre le petit-déjeuner, puis nous partons tous ensemble en tuk-tuk pour visiter Luang Prabang. Le tuk-tuk est un moyen de transport typique, constitué d’une sorte de mobylette et d’une cabine pouvant transporter plusieurs personnes. Très pratique pour se déplacer en ville.
On retourne au marché pour montrer les brochettes de rat aux enfants et acheter des fruits, puis on visite le Palais Royal. Encore une fois, les photos sont interdites à l’intérieur où sont conservés quelques joyaux nationaux.
Juste à la sortie du Palais Royal, se trouve l’escalier qui mène au sommet du Mont Phu Si. On grimpe près de 400 marches et chacune d’elles nous tire une grimace ou un juron car il fait très chaud et c’est très dur et on est très pressé d’arriver en haut et on en a marre de tous ces escaliers partout !!! On atteint, en sueur, le haut de cette colline sacrée qui offre une belle vue sur la ville, le Mékong et la Nam Khan avec son pont Eiffel.
De nombreux moines novices sont en train de déjeuner ou de préparer des décorations lumineuses pour la fête des lumières qui a lieu le soir de la pleine lune dans deux jours. Toutes sortes de décorations, allant du lampion au radeau en papier, seront déposées sur le Mékong avec des petites bougies en signe de respect et de remerciement à la mère des eaux. Il est clair que sans le Mékong, les laotiens seraient encore plus pauvres ! Le sommet du Mont Phu Si est parsemé de statues de Bouddha et le That Chomsi, un stupa doré visible depuis le centre-ville de Luang Prabang, marque le point le plus haut. Notre guide, très croyant comme tous les Laotiens, profite de notre visite pour prier.
Après un déjeuner excellent au resto les 3 nagas, nous voilà partis pour la visite de trois temples. Les enfants traînent des pieds mais comme on se déplace en tuk tuk et que ça leur plait beaucoup, ça compense.

On attaque par le Vat Xieng Thong, le temple de la Cité Royale, le plus beau de la ville. Les extérieurs et l’intérieurs des différentes chapelles sont aussi somptueux les uns que les autres. Ce temple est l’exemple parfait du style architectural de Luang Prabang, avec sa toiture à pans superposés descendant presque jusqu’au sol.
Le second temple au programme est le Vat Maï, très joli aussi, avec de magnifiques fresques dorées illustrant la dernière réincarnation de bouddha et une statue de bouddha immense à l’intérieur de la salle de prière.
Des femmes et des moines préparent les offrandes et les objets qui seront déposés sur le Mékong pour la fête des lumières. Ils ont fait un dragon en papier immense.
Les moines novices sont en train de faire leur toilette dans la cour. L’un d’eux s’improvise coiffeur et passe ses camarades au rasoir !
Avant :
Après :
Le dernier temple, le Vat Visounarath est le plus ancien de la ville. Construit en 1512, brûlé par les pavillons noirs, puis reconstruit, il arbore un style proche des temples khmers du Cambodge avec ses fenêtres en bois. Nous entrons discrètement et restons en retrait car c’est la nuit sainte (nuit de pleine lune) et les moines prient. Le grand stupa situé face à la salle de prière est appelé That Mak Mo qui s’ignifie stupa de la pastèque à cause de sa forme.

Le marathon des temples terminé, on file à l’hôtel pour profiter de la piscine.

Après le dîner, on fait un tour au marché de nuit qui s’installe dans la rue principale de 17h à 22h. On s’essaye à la négociation et ça fonctionne plutôt pas mal. J’obtiens mon bouddha en bois pour 80 000 kips alors que la vendeuse me l’annonçait à 160 000 au départ ! Comme elle a l’air d’être satisfaite, je me dis qu’on a fait une bonne affaire toutes les deux !

Pirogue sur la Nam Song, lao lao et drôles de bestioles

Le temps est nuageux ce matin. Nous partons tôt de l’hôtel pour que le bateau nous ramène au village et que nous prenions la route pour Vang Vieng. Les paysages ressemblent à ceux de la Baie d’Halong terrestre. Ce sont des montagnes karstiques en pain de sucre, recouvertes d’une végétation luxuriante et creusées de nombreuses grottes. Les nuages qui s’y accrochent donnent une ambiance fantomatique au lieu.
Nous embarquons deux par deux sur des pirogues à moteur pour une balade sur la Nam Song, au pied des montagnes. C’est super sympa.

Avec le soleil ça aurait été mieux mais les paysages nous plaisent déjà beaucoup comme ça et on serait bien restés un peu dans le coin pour découvrir quelques grottes et faire une balade en montagne.
Au lieu de ça, nous reprenons la route pour Luang Prabang en faisant un arrêt dans un cimetière bouddhiste.
Puis un autre arrêt sur un marché de plantes médicinales qui s’étale le long de la route, avec toujours les hautes montagnes karstiques en toile de fond. L’autre spécialité du marché, c’est l’alcool de riz – le lao lao – avec toutes sortes de bestioles dedans : frelons asiatiques, serpents, scorpions… tout ce qui se trouve dans la montagne !

L’école n’étant obligatoire que de 6 à 11 ans, les plus petits restent avec leurs parents et les suivent dans leurs activités quotidiennes. Quant aux plus grands, si les parents ont besoin d’eux, ils les aident dans leurs travaux plutôt que d’aller à l’école.
Un peu plus loin, nous nous arrêtons dans un village Hmong. Cette ethnie vit pauvrement et cela se voit bien. On laisse des stylos et cahiers à l’école, je fais des photos avec mon Polaroïd qui font la joie des enfants, Axel, Léo et les autres jeunes jouent au frisbee avec les petits avant de les donner à l’instituteur. Ils ont si peu pour vivre et pourtant, ils nous accueillent avec le sourire. Au Laos, les enfants scolarisés doivent porter un uniforme qui représente un coût énorme pour la plupart des familles. C’est pourquoi, souvent, les premiers enfants de la fratrie vont à l’école mais les suivants restent à la maison car les parents n’ont pas de quoi payer plusieurs uniformes pour chacun de leurs enfants. Dans l’école de ce village, quelques enfants portent une blouse mais aucun n’a d’uniforme. Certains n’ont même pas de cahier. Nos cadeaux vont vite trouver preneur !
L’après-midi se passe sur la route, sous une pluie battante… Heureusement que la mousson est passée !! Mais en arrivant à Luang Prabang, il fait de nouveau beau. Nous allons pouvoir découvrir cette belle ville, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, sous de bons auspices. Les bons esprits sont avec nous.
Notre hôtel pour les 3 prochaines nuits est le Muang Thong. Très bien, avec des chambres immenses et une jolie piscine.