En tongs sur le Mékong… on s’taille en Thaïlande…

J’arrête là les jeux de mots foireux derrière lesquels se cache toutefois la réalité : aujourd’hui, nous passons bien la journée à naviguer tranquillou sur le Mékong, donc on troque les chaussures de rando contre nos tongs. Et nous nous rendons bien en Thaïlande où nous devrions arriver en fin d’après-midi.

Encore une journée à écouter et regarder le riz pousser…

En se levant, on aperçoit notre bateau qui nous attend.
Et juste en face, les éléphants prennent leur bain.
Côté paysages, ça ne change pas beaucoup, si ce n’est que les montagnes se font plus basses et donc plus cultivées que sur la partie en aval de Pak Beng.

On croise des restes d’offrandes coincées dans les rochers.
Pour se dégourdir les jambes, on s’arrête dans un village Khamu où l’on retrouve les mêmes maisons en bambou et bois de teck, les mêmes greniers à riz et les mêmes bouilles d’enfants que dans les autres villages visités auparavant.

Régulièrement, les femmes du villages doivent ouvrir les sacs de riz stockés dans les greniers comme sur la photo au-dessus, afin d’aérer le riz qui se gorge d’humidité et finirait par pourrir. Elles étalent le riz sur des bâches ou des nattes en bambou et le laissent sécher au soleil avant de le remettre dans les sacs.

On débarque côté Laos et on passe la frontière en 1 heure avant de monter dans un bus qui nous emmène à Chiang Rai en 1h30. A part le marché de nuit où je négocie encore un bouddha (ça m’en fait 4 !), nous ne verrons pas grand-chose de la Thaïlande ce soir. En revanche, les enfants sont ravis car il y a des pommes de terre sautées au buffet ; ils en ont ras le bol du riz !

Cornacs et Khamus

Ce matin, on fait grasse mat’
Avec Laurent, on se lève avant les enfants pour aller faire un tour dans le village et au marché. Il n’y a pas un touriste, c’est paisible.
On trouve de tout ici, de la couenne de porc séchée (avec les poils !!! Beurk), du crapaud grillé et même de la Vache qui rit conservée sur une étagère (pourquoi s’embêter à la mettre au frigo !)
L’anglais est parfois approximatif… Allez houst !!
On traverse ensuite le Mékong en pirogue pour aller au Elephant Park, un sanctuaire géré par un groupe français qui tente de sauvegarder les éléphants d’Asie et d’éduquer les salariés à la préservation de l’environnement. Pour l’instant, ils n’ont que trois éléphants à eux et un en location. Ils aimeraient en acquérir davantage mais un éléphant coûte 50 000 $, c’est un sacré budget. Et en plus de l’éléphant, il faut payer le salaire du cornac qui s’en occupe.
Autrefois appelé le Royaume du million d’éléphants, le Laos n’en compte aujourd’hui plus que 500 environ, même si les chiffres plus ou moins officiels annoncent 1500. Ici, ils ne sont pas chassés pour les défenses car elles sont souvent très petites, mais pour leur peau et leur sang que les chinois convoitent pour améliorer leur libido ou guérir le cancer. Encore des conneries qui risquent d’éradiquer une espèce !!

On passe un moment avec les trois éléphantes, le mâle ayant été mis à l’écart momentanément pour cause de musth et donc d’agressivité potentielle. On leur donne des bananes dont elles raffolent, puis on les suit jusqu’au bord du Mékong pour le bain.

Avec notre hôtel, le Pakbeng lodge, en arrière plan :
Ici, pas de promenade à dos d’éléphant à la chaîne, pas de persécution, les animaux vivent en paix. Car, avant de monter sur le dos d’un éléphant, il faut que vous sachiez que dans beaucoup de camps, les animaux ont été dressés d’une manière qui s’apparente à de la torture, en subissant un rituel qui s’appelle le Phajaan. Cela consiste à « briser » l’éléphanteau pour qu’il perde son instinct sauvage et qu’il obéisse aux ordres comme un robot. Selon la croyance qu’on peut séparer l’esprit du corps, les éléphanteaux sont enfermés et attachés dans des cages exiguës, privés de nourriture, puis torturés à coups de piques pendant plusieurs jours. L’animal ressort soit mort soit complètement soumis et empreint de la peur de l’homme. Il est alors prêt à être dressé pour les travaux en forêt ou pour amuser les touristes. La plus vieille des éléphantes (48 ans) a subi ce genre de dressage pour effectuer des travaux en montagne et elle est en effet beaucoup plus docile et abîmée que la plus jeune (25 ans) qui a son petit caractère et amuse la galerie. D’ailleurs, elle se mouche sur moi au moment où je lui donne ses bananes ; je suis crépie de morve d’éléphant !!

Après le déjeuner, nous partons avec notre guide et deux accompagnateurs locaux pour une randonnée dans la jungle jusqu’à un village Khamu. Léo et Axel, ayant entendu qu’il y a des sangsues dans la forêt, préfèrent rester à l’hôtel avec leurs copains. Encore une fois, ça grimpe, ça glisse, il fait chaud, c’est dur, mais c’est beau !
L’humidité et la pénombre qui règnent dans la forêt favorisent la présence de sangsues de terre qui nous grimpent dessus. Il faut être vigilant pour les virer de nos chaussures avant qu’elles n’atteignent la peau pour nous vider de notre sang ! On se sent comme des aventuriers !

Au bout du sentier, nous arrivons au village. S’en suit une nouvelle séance de frisbee avec les enfants qui sont très réceptifs. J’ai vraiment eu une bonne idée en emmenant ces trucs ; ça ne prend pas beaucoup de place dans les valises, ça permet de créer un échange sympa et de faire plaisir aux petits en leur offrant autre chose que des stylos.
La journée se termine autour d’un lao lao coco, la pina colada à l’alcool de riz, avec un beau soleil couchant sur le Mékong.

Pak Ou et Pak Beng sur le Mékong

Ça pourrait ressembler à une blague de toto : Pak Ou et Pak Beng sont sur le Mékong, Pak Ou tombe à l’eau, qu’est-ce qui reste ?… pas grand chose ! Mais fort heureusement, Pak Ou n’est pas tombé à l’eau !

Nous embarquons de bonne heure sur un bateau lent qui nous emmène aux grottes de Pak Ou. Ce sont deux grottes sacrées, creusées dans la falaise, au confluent du Mékong et de la Nam Ou. Ce haut lieu de pèlerinage bouddhiste renferme des milliers de statuettes de bouddha. Il y en aurait entre 4000 et 5000. Pour certaines, on se demande comment les fidèles ont pu aller les déposer aussi haut dans les grottes, dont les rochers sont recouverts de mousse glissante.

La première grotte est éclairée par la lumière naturelle mais la deuxième, beaucoup plus profonde, est très sombre. Même à la lampe torche, il est difficile de bien voir les statuettes. Certaines sont magnifiques, dorées avec des détails en strass. La montée vers cette deuxième grotte est éreintante. Il y a beaucoup de marches irrégulières et, avec la chaleur qui avoisine les 40° et l’humidité, on sue comme jamais ! On va avoir des cuisses et des mollets en béton à la fin du séjour ! Avec toute l’eau que l’on perd en transpirant, on aura bien mérité une petite bière bien fraîche pour se remettre !
Notre croisière sur le Mékong débute ensuite pour rejoindre Pak Beng, à mi-chemin entre Luang Prabang et Houey Xay à la frontière Thaïlandaise.

Le programme du reste de la journée, c’est écouter et regarder le riz pousser… C’est à dire ne rien faire, suivant un dicton laotien ! Les enfants ont bien compris le concept et adoptent immédiatement ce fameux dicton en faisant la sieste sur le pont du bateau. Nous, on se contente d’observer les paysages et quelques rares scènes de vie sur les berges où il n’y a pas grand monde. Les Laotiens eux aussi doivent être en train d’écouter et regarder le riz pousser !

Belle vue sur le Mékong depuis le balcon de notre chambre à Pak Beng :
Après le dîner, nous allons déposer une offrande composée de fleurs sur le fleuve (ce sont les femmes de l’hôtel qui les ont préparées pour nous) et chaque villageois fait de même. La pleine lune située entre fin octobre et mi-novembre marque la fin de la saison des pluies et du Carême et, à cette occasion, il y a une grande fête des lumières. A Vientiane et Luang Prabang, c’est vraiment la grosse fête (pas de chance, on a quitté Luang Prabang ce matin !), avec courses de pirogues et de nombreuses lanternes et radeaux lumineux déposés sur le Mékong. Ces offrandes en hommage à la mère des eaux sont censées emporter les malheurs.

Pirogue sur la Nam Song, lao lao et drôles de bestioles

Le temps est nuageux ce matin. Nous partons tôt de l’hôtel pour que le bateau nous ramène au village et que nous prenions la route pour Vang Vieng. Les paysages ressemblent à ceux de la Baie d’Halong terrestre. Ce sont des montagnes karstiques en pain de sucre, recouvertes d’une végétation luxuriante et creusées de nombreuses grottes. Les nuages qui s’y accrochent donnent une ambiance fantomatique au lieu.
Nous embarquons deux par deux sur des pirogues à moteur pour une balade sur la Nam Song, au pied des montagnes. C’est super sympa.

Avec le soleil ça aurait été mieux mais les paysages nous plaisent déjà beaucoup comme ça et on serait bien restés un peu dans le coin pour découvrir quelques grottes et faire une balade en montagne.
Au lieu de ça, nous reprenons la route pour Luang Prabang en faisant un arrêt dans un cimetière bouddhiste.
Puis un autre arrêt sur un marché de plantes médicinales qui s’étale le long de la route, avec toujours les hautes montagnes karstiques en toile de fond. L’autre spécialité du marché, c’est l’alcool de riz – le lao lao – avec toutes sortes de bestioles dedans : frelons asiatiques, serpents, scorpions… tout ce qui se trouve dans la montagne !

L’école n’étant obligatoire que de 6 à 11 ans, les plus petits restent avec leurs parents et les suivent dans leurs activités quotidiennes. Quant aux plus grands, si les parents ont besoin d’eux, ils les aident dans leurs travaux plutôt que d’aller à l’école.
Un peu plus loin, nous nous arrêtons dans un village Hmong. Cette ethnie vit pauvrement et cela se voit bien. On laisse des stylos et cahiers à l’école, je fais des photos avec mon Polaroïd qui font la joie des enfants, Axel, Léo et les autres jeunes jouent au frisbee avec les petits avant de les donner à l’instituteur. Ils ont si peu pour vivre et pourtant, ils nous accueillent avec le sourire. Au Laos, les enfants scolarisés doivent porter un uniforme qui représente un coût énorme pour la plupart des familles. C’est pourquoi, souvent, les premiers enfants de la fratrie vont à l’école mais les suivants restent à la maison car les parents n’ont pas de quoi payer plusieurs uniformes pour chacun de leurs enfants. Dans l’école de ce village, quelques enfants portent une blouse mais aucun n’a d’uniforme. Certains n’ont même pas de cahier. Nos cadeaux vont vite trouver preneur !
L’après-midi se passe sur la route, sous une pluie battante… Heureusement que la mousson est passée !! Mais en arrivant à Luang Prabang, il fait de nouveau beau. Nous allons pouvoir découvrir cette belle ville, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, sous de bons auspices. Les bons esprits sont avec nous.
Notre hôtel pour les 3 prochaines nuits est le Muang Thong. Très bien, avec des chambres immenses et une jolie piscine.